Abderrahmane Missoumi

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Mohamed Ziane-Khodja: «Le berger des siècles»

(Le Chroniqueur du 24 au 30 / 12 / 1990)

Mohamed Ziane-Khodja est natif de Takrietz, un village de Sidi Aïch.

C’est un jeune poète au talent très prononcé qui s’est fait remarquer aux «Poésiades 89» de Béjaïa.

Il nous a fait parvenir un recueil aux senteurs combien lénifiantes, intitulé «Le berger des siècles».

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Déchirures procède de la volonté de nous faire entrer dans un monde nébuleux que dans un univers fictif. Nous ne sommes jamais les possesseurs de demain, nous n’avons sur l’avenir qu’une conscience à plusieurs étages :

                                        «Le train routinier
Du temps
Au temps
Roule à vive allure
À destination «Avenir Incertain»

Pluie de la forêt constitue une somme métaphorique qui, par ses couleurs, sons et musicalité, équivaut à un mystérieux soliloque :

                                        «Dans la ronceraïe des temps
Elle a découvert en moi
L’oubli de soi»

Avec Le Vieillard, Ziane-Khodja met ses pas dans ceux de Brel et nous peint l’existence glaciale de celui qui :

                                        «Le pas lourd
Sous le faix des ans
Il craint le miroir
L’avenir l’horrifie»

Ce qui rend encore plus intéressant et significatif ce recueil, c’est qu’il abrite des hantises à purger. Il restitue le poids du vécu, la gratuité d’une méchanceté contemporaine prolifique au point où l’homme ne semble vivre que par procuration :

                                        «Syndrome de l’hiver nucléaire
Futurologie de l’Apocalypse
Assassins de l’Amour
On est dans la même galère
Voguant sur une mer indéfinie
Nous propulsant
Au pays du Drame»

                                        (Le Suicide)

Si on parcourt le poème intitulé F… comme Femme, on est d’abord frappé par la luxuriance d’un intérieur sublimé ; l’auteur relance l’inspiration et distribue le possible :

                                        «Alors sans toi
Il cracherait du feu
Partout ailleurs
Même dans les jardins»

Mère Africa fait chanter les douleurs d’un continent et que le jeune poète laisse évoluer sur une saveur aigre, sans pour autant lui fermer les chemins de la lierté :

                                        «Tu avorteras
Ils ne tolérent plus les offenses»

Mais Mohamed Ziane-Khodja peur aller plus loin dans l’expression poétique ; il a inscrit avec le petit recueil «Le berger des siècles», des dispositions qui se rattachent à la definition du talent.

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